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L’ascension du montagnard

Né en 1953 à Arthaz (Haute-Savoie, France), Jean Rossat est venu très tôt aux mots croisés. Il est encore collégien à Annemasse quand il ajoute cet exercice aux matières du programme, noircit ses cahiers quadrillés de ses premières compositions et publie en 1969 sa première grille dans la rubrique ouverte aux lecteurs de Sport cérébral. Il est étudiant à Grenoble, quand il signe en 1974, sous le pseudonyme de Conrad, une grille blanche cotée 7 étoiles dans «Le Mots-croisiste», revue-culte aujourd’hui disparue.
Formé à l’école de Lille, il devient journaliste dans sa région puis, en 1980, l’auteur de mots croisés attitré de diverses publications : Actualité Dauphiné à Grenoble, Métropoche à Lille, Mont-Blanc Magazine à Chamonix ou encore Le Courrier savoyard à Annecy. Cette période est marquée d’une expérience décisive. En septembre 1986, il propose au Centre Bonlieu d’Annecy la Grille du Condor, une création de 14 520 cases (145,2 m2) que les cruciverbistes vont résoudre ensemble durant 6 jours. Saluée par les cruciverbistes pour son style, cette première résolution collective géante séduit également les médias et déclenche une pluie de sollicitations.
A Oullins près de Lyon, le Capitaine des mots se plonge en 1987 dans les premiers mots croisés aquatiques de l’histoire ! La même année dans la même ville, il est à l’origine du Mur Démo, un mots croisés géant permanent affiché sur une façade d’immeuble dont la première grille (sur le thème des «Médias») est inaugurée par Jean-François Kahn et Gilles Vigneault. Suivent jusqu’en 1989, les Murs Démo de Lyon 8e sous le parrainage de Jérôme Savary, Montélimar et Bourg-en-Bresse.

La révolution

A l’occasion du Bicentenaire, Jean Rossat imagine en 1989 un concept «révolutionnaire» de mots croisés baptisé Bobinamo, lequel est l’objet d’une adaptation télé pour la chaîne 8 Mont-Blanc et en avril 1990, d’une spectaculaire présentation au Salon du Livre et de la Presse à Genève. Les deux «bobines à mots» y servent de supports aux premiers matchs publics de mots croisés.
Professionnellement, le journaliste s’efface alors derrière le verbicruciste. Contacté par la ville d’Is-sur-Tille, il est depuis 1990 le concepteur et la cheville ouvrière du Festival international de mots croisés dans la cité de Côte-d’Or dont le nom revient dans toutes les grilles. Sur le fond et la forme, il appose son empreinte sur les animations, concours (dont le championnat francophone) et tournois pour tous les publics (des profanes aux avertis) composant cette manifestation annuelle unique à laquelle sont associées depuis 1996 les villes champenoise d’Aÿ et normande d’Eu, deux autres célébrités «En 2 lettres». Il y développe notamment la formule des tournois par matchs qui donnent à ce jeu une dimension nouvelle : à la fois sportive et spectaculaire.
Cet auteur montagnard, qui a trouvé refuge aux Carroz, poursuit sa révolution. Sur le papier, il lance en février 1992 sa revue par correspondance Eskimos, devient le collaborateur des Almanachs des Vieux Savoyard et Dauphinois, en 1995 du Journal de Genève puis du quotidien Le Temps de 1997 à 2009. Côté tournée, l’artiste itinérant multiplie les rendez-vous dans l’Hexagone : attendant les cruciverbistes au croisement dans les bibliothèques, les fêtes populaires, les galeries marchandes, les salons, les marchés, ou intervenant dans les classes, histoire de faire école. Il ajoute même plusieurs rendez-vous à ses tournées hexagonales dont en 2006 « Les Croisés de Raimbaud de Vacqueyras » dans le Vaucluse. En novembre 1999, il va même jouer les pionniers dans la Belle Province en organisant la première rencontre Québec-Europe au 1er Festival des jeux de Montréal. En mars 2003, la veille du début de la guerre en Irak, il intervient avec succès à Stanford (près de New-York) devant un parterre de 500 cruciverbistes américains, à l’invitation de son homologue américain Will Shortz, organisateur du championnat des USA de mots croisés.
En ce début du 21e siècle, il entend poursuivre dans la voie peu classique qu’il a ouverte et défrichée.